Timbre à date 1er jour
| Description | Les péniches, œuvre d'André Derain (1880-1954), l'un des fondateurs du fauvisme, né à Chatou |
| Commentaire | Émis en décembre 1972, le timbre André Derain – Les Péniches clôt la série artistique de l’année en inscrivant la philatélie française dans le dialogue avec les grandes ruptures de la peinture moderne du début du XXᵉ siècle. L’œuvre reproduite, peinte en 1904 par André Derain, appartient à la période dite de Chatou, moment fondateur au cours duquel le jeune artiste, alors âgé de vingt-quatre ans, expérimente une libération radicale de la couleur et de la composition. Installé sur les bords de la Seine, Derain y observe les péniches, les ponts et l’activité fluviale comme autant de prétextes à une construction picturale nouvelle, où la perspective traditionnelle cède la place à des obliques dynamiques et à des masses volontairement simplifiées. La toile choisie pour ce timbre témoigne pleinement de l’esprit qui anime alors la jeune génération fauve : la couleur n’est plus descriptive mais expressive, appliquée en aplats vigoureux, opposant bleus, verts, jaunes, orangés et rouges dans une tension volontairement assumée. Cette violence chromatique, qui scandalise encore une partie du public à la veille du Salon d’Automne de 1905, s’accompagne néanmoins d’une solide architecture interne : les deux péniches structurent l’espace, les silhouettes des rameurs et les lignes des ponts imposent un rythme presque musical, tandis que la surface de l’eau est analysée par une succession de touches modulées, traduisant reflets et mouvements sans recherche illusionniste. Le timbre, gravé en taille-douce par Pierre Gandon dans un grand format horizontal, restitue avec une rare fidélité la complexité de cette palette et la vigueur du dessin, démontrant que la gravure peut, elle aussi, traduire la modernité picturale. Au-delà de l’hommage à un artiste majeur, cette émission rappelle la place centrale occupée par Derain dans les avant-gardes d’avant 1914 : compagnon de Matisse et de Vlaminck, proche d’Apollinaire et de Picasso, il fut l’un des premiers à théoriser le rôle du volume et de la lumière, avant d’emprunter après la guerre des chemins plus classiques. Le choix de Les Péniches, œuvre emblématique à la fois par son audace formelle et par son ancrage dans un paysage quotidien français, souligne également l’importance patrimoniale de cette toile, acquise par le Musée national d’Art moderne afin d’éviter sa dispersion à l’étranger. En la diffusant à plusieurs millions d’exemplaires, le timbre participe ainsi à la reconnaissance populaire d’une étape décisive de l’histoire de la peinture française, où la Seine devient le théâtre d’une révolution esthétique durable. Article rédigé pour WikiTimbres |
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