L’émission « Savants français » mise en vente en février 1958 par l’Administration des Postes, Télégraphes et Téléphones s’inscrit dans la tradition philatélique française d’hommage aux grandes figures scientifiques. Composée de quatre timbres gravés en taille-douce au format vertical 22 × 36 mm (50 timbres par feuille, dentelure 13), cette série illustre la volonté de souligner le rôle déterminant des savants dans la construction de la science moderne, du XVIIIᵉ au XIXᵉ siècle. Par le choix de Joseph-Louis Lagrange, Léon Foucault, Urbain Le Verrier et Claude-Louis Berthollet, l’émission propose un panorama cohérent des mathématiques, de la physique, de l’astronomie et de la chimie françaises, disciplines qui ont accompagné l’essor technique et industriel contemporain.
Le timbre à 8 F consacré à Lagrange (1736-1813), dessiné et gravé par Decaris, rend hommage au mathématicien né à Turin d’origine française, fondateur du calcul des variations et auteur du Traité de mécanique analytique publié en 1788. Professeur à l’École Polytechnique dès sa création, il contribua durablement à la structuration des mathématiques modernes et à leur application à la mécanique rationnelle. La gravure en violet et vert-bleu souligne le caractère classique et académique de la composition, conforme à l’iconographie scientifique de l’époque.
Le 15 F dédié à Léon Foucault (1819-1868), œuvre gravée par Cottet, célèbre l’expérimentateur dont le nom reste associé à la démonstration de la rotation de la Terre par l’expérience du pendule au Panthéon. Ses travaux sur la vitesse de la lumière et l’optique, ainsi que l’invention du gyroscope, ont marqué la physique du XIXᵉ siècle. Les tonalités vert et vert-noir renforcent la sobriété du portrait et traduisent la rigueur expérimentale du savant.
Urbain Le Verrier (1811-1877) figure sur la valeur à 12 F, également gravée par Decaris. Astronome et directeur de l’Observatoire de Paris, il est surtout connu pour avoir prédit l’existence de Neptune par le calcul, confirmée par l’observation en 1846. Cette réussite emblématique de la mécanique céleste incarne la puissance des méthodes mathématiques appliquées à l’astronomie. Le choix de couleurs gris et marron accentue la dimension institutionnelle et scientifique du personnage.
Enfin, le 35 F consacré à Claude-Louis Berthollet (1748-1822), gravé par Combet, honore l’un des acteurs majeurs de la réforme chimique aux côtés de Lavoisier. Théoricien et praticien, il participa à l’élaboration d’une nomenclature chimique moderne et fonda la Société d’Arcueil, cercle influent de chercheurs. Les teintes rouille et lie-de-vin rappellent subtilement l’univers des laboratoires et des réactions chimiques, tout en offrant un contraste marqué propre aux émissions de forte valeur faciale.
D’un point de vue philatélique, cette série de 1958 illustre l’importance de la taille-douce dans la production française d’après-guerre. Le travail des graveurs — Decaris, Cottet et Combet — confère aux portraits profondeur et précision, qualités recherchées par les collectionneurs. Les ventes anticipées organisées dans des villes liées aux savants (Paris, Saint-Lô, Talloires) ajoutent une dimension commémorative locale, renforçant l’ancrage territorial de l’émission.
Au-delà de la simple célébration individuelle, cette série « Savants français » traduit une ambition pédagogique : rappeler que le développement scientifique, amorcé dès la Renaissance et structuré au siècle des Lumières, constitue l’un des fondements de la modernité. En réunissant mathématicien, physicien, astronome et chimiste dans un même ensemble cohérent, l’émission de 1958 propose une synthèse visuelle de l’excellence scientifique française, inscrite durablement dans l’histoire de la philatélie nationale.
Article rédigé pour WikiTimbres