L’émission de 1962 consacrée aux œuvres de peintres du XIXe siècle s’inscrit dans une politique culturelle ambitieuse par laquelle l’administration des Postes et Télécommunications affirme le timbre comme médium de transmission artistique. En réunissant trois œuvres emblématiques de Gustave Courbet, Édouard Manet et Théodore Géricault, cette série propose une lecture synthétique mais exigeante d’un siècle décisif pour la peinture française, marqué par des ruptures esthétiques profondes et par l’émergence de sensibilités nouvelles qui annoncent la modernité. Loin d’une classification figée par écoles, l’émission met en lumière des trajectoires singulières, chacune dépassant les cadres dans lesquels l’historiographie a parfois voulu les enfermer, et souligne la dynamique de transformation continue qui caractérise l’art du XIXe siècle.
Ce siècle s’ouvre sur une remise en cause des conventions héritées du néo-classicisme et se développe à travers des tensions fécondes entre tradition et invention. La peinture française connaît alors une véritable révolution, nourrie par l’observation directe du réel, l’affirmation de la couleur, la recherche du mouvement et l’expression de la subjectivité. Courbet, Manet et Géricault, bien que distincts par leurs parcours et leurs intentions, partagent cette volonté de confronter la peinture à son temps, d’élargir son champ et d’en renouveler les moyens. Les timbres de France de 1962, par leurs choix iconographiques et techniques, rendent compte de cette effervescence et en proposent une traduction accessible au public le plus large.
Le timbre consacré à Gustave Courbet reproduit « La Rencontre », plus connue sous le titre « Bonjour M. Courbet ». Figure majeure du réalisme, Courbet affirme une personnalité artistique puissante, ancrée dans sa Franche-Comté natale mais ouverte à la diversité des paysages et des expériences. Dans cette œuvre peinte en 1854, il se met lui-même en scène, saluant son mécène Bruyas sur un chemin de garrigue écrasé de soleil. La composition, à la fois simple et chargée de sens, affirme l’indépendance de l’artiste et son rapport direct au monde. Le timbre restitue la richesse chromatique et la densité de la matière picturale, caractéristiques de Courbet, tout en soulignant son attachement au paysage et à la figure humaine. Cette œuvre, offerte au musée de Montpellier en 1868, symbolise la manière dont le réalisme courbetien dépasse la simple imitation pour atteindre une affirmation de soi et du réel.
Avec Édouard Manet, l’émission explore un autre versant de la révolution picturale du XIXe siècle, centré sur le primat de la couleur et sur une rupture décisive avec les conventions académiques. Le timbre reproduisant « Madame Manet au canapé bleu » met en évidence la subtilité de son approche, où les taches colorées s’équilibrent sans se heurter, créant une harmonie moderne et audacieuse. Manet occupe une position charnière entre le réalisme et l’impressionnisme, qu’il influence profondément sans jamais s’y dissoudre. Par ses portraits, ses natures mortes et ses scènes de genre, il ouvre la voie à une peinture libérée des récits imposés, attentive aux effets de lumière et à la présence immédiate du sujet. L’œuvre choisie, issue de la collection de Degas avant d’entrer au Louvre en 1919, illustre cette modernité discrète mais radicale, où la peinture se suffit à elle-même par la force de ses rapports chromatiques.
Le troisième timbre rend hommage à Théodore Géricault à travers « Officier de chasseurs à cheval de la Garde impériale chargeant », œuvre emblématique exposée au Salon de 1812. Géricault incarne une sensibilité romantique fondée sur le mouvement, l’énergie et l’intensité dramatique. Son amour des chevaux et sa fascination pour l’effort en action trouvent ici une expression magistrale, peinte avec une fougue exceptionnelle en un temps très bref. La composition dynamique et la tension du geste annoncent une peinture tournée vers l’émotion et la puissance expressive. Bien que sa carrière ait été brutalement interrompue par une mort prématurée, Géricault apparaît comme un trait d’union possible entre romantisme et réalisme, tant par ses sujets que par la facture de ses dernières œuvres.
Sur le plan philatélique, la série se distingue par une grande cohérence technique. Les trois timbres, de format horizontal 36 x 48 millimètres, sont gravés en taille-douce, imprimés en feuilles de vingt-cinq exemplaires et dentelés 13. Les valeurs faciales, les choix de couleurs et la qualité de la gravure témoignent d’un soin particulier apporté à la restitution des œuvres originales, dans le respect des contraintes propres au timbre-poste. Les ventes anticipées organisées dans des lieux en lien avec les artistes renforcent l’ancrage culturel de l’émission et soulignent le dialogue entre patrimoine artistique et diffusion postale.
Dans l’histoire des émissions françaises, la série « Œuvres de peintres du XIXe siècle » de 1962 occupe une place de référence. Elle prolonge l’ambition déjà affirmée de faire du timbre un support de culture et d’éducation artistique, capable de rendre compte des grandes mutations esthétiques. En associant Courbet, Manet et Géricault, cette émission propose une traversée du XIXe siècle pictural français, de la fougue romantique à l’affirmation de la modernité, et inscrit durablement ces œuvres dans la mémoire philatélique nationale.
Article rédigé pour WikiTimbres