En septembre 1987, les timbres de France consacrent une série philatélique à quatre champignons remarquables : l’Indigotier ou Gyropore bleuissant (Gyroporus cyanescens), la Chanterelle violette (Gomphus clavatus), la Morille conique (Morchella conica) et le Palomet ou Russule verdoyante (Russula virescens). À travers cette émission, l’administration postale associe observation naturaliste et représentation artistique, en donnant à quatre espèces très différentes une place dans le patrimoine philatélique français. La diversité de leurs formes, de leurs couleurs, de leurs habitats et même de leurs modes de reproduction permet de composer un ensemble cohérent qui dépasse la simple illustration mycologique.
L’Indigotier constitue sans doute le sujet le plus spectaculaire par son comportement à la coupe. Ce bolet assez rare, présent de l’été au début de l’automne dans des terrains acides, secs et sablonneux, peut pousser sous différents feuillus comme les bouleaux, hêtres, chênes et châtaigniers, mais aussi sous des conifères. Sa chair initialement blanche prend immédiatement une coloration bleu indigo lorsqu’elle est cassée ou frottée. Ce phénomène caractéristique est lié à la présence de pigments qui, avec l’action d’enzymes, de l’eau et de l’oxygène de l’air, produisent cette vive coloration bleu-violet. Le champignon, blanc jaunâtre lorsqu’il est jeune puis progressivement ocracé, possède un chapeau sec couvert de fibrilles et de peluches, atteignant généralement 8 à 12 cm de diamètre. Cette transformation chromatique offre naturellement au timbre un sujet particulièrement expressif, tout en rappelant que le bleuissement de la chair ne constitue pas en lui-même un critère permettant de déterminer la comestibilité d’un champignon.
La Chanterelle violette apporte à la série une tout autre silhouette. Malgré son nom commun, elle appartient au genre Gomphus. Ses basidiocarpes, souvent regroupés en touffes, présentent une forme caractéristique qui s’élargit progressivement vers le sommet. Ses teintes évoluent du violet profond et du pourpre au lilas, puis vers des nuances brunâtres ou rosées. Son chapeau épais peut se creuser en entonnoir, tandis que sa surface fertile présente des rides ramifiées. La chair, épaisse et blanchâtre, peut être marbrée de violet sous l'effet de l’humidité. Présente de la fin de l’été à l’automne, notamment sous les conifères de moyenne montagne dans la zone tempérée nord, cette espèce est également appréciée pour ses qualités gustatives dans les régions où elle est répandue. Son architecture et ses couleurs permettent à l’émission d’introduire une variation visuelle très nette par rapport à l’Indigotier.
La Morille conique permet pour sa part d’évoquer la diversité biologique des champignons. Contrairement aux trois autres espèces de cette série, elle appartient aux Ascomycètes, alors que bolets, russules et chanterelles relèvent des Basidiomycètes. Morchella conica se reconnaît notamment à sa tête conique entièrement alvéolée, portée par un stipe creux. Ses côtes longitudinales, épaisses et noircissantes, délimitent des alvéoles brun fauve à bistre. La proportion entre la tête fertile et le stipe étant très variable, son identification a suscité des discussions parmi les mycologues, certains rapprochant cette forme de la Morille élevée. Sa réputation gastronomique demeure néanmoins importante. Les morilles doivent cependant être consommées après une cuisson suffisante en raison de la présence d’hémolysines thermolabiles. La Morille conique se rencontre notamment dans les régions montagneuses, alors que les différentes espèces de morilles peuvent occuper des milieux très variés.
Le quatrième timbre représente le Palomet, Russula virescens, également appelé Russule verdoyante ou verdissante. Son chapeau vert, généralement plus foncé au centre et parfois marqué de zones décolorées, possède une surface mate, farineuse et craquelée en petites plaques sèches. Ces caractères facilitent son identification. Son stipe blanc, parfois taché de roussâtre, porte un chapeau de 6 à 12 cm de diamètre, tandis que ses lamelles sont blanc-crème avec une légère nuance rosée. Sa chair épaisse, ferme et granuleuse est appréciée pour sa saveur douce évoquant légèrement la noisette. L’espèce apparaît de juin à septembre, par temps chaud, sur des sols secs et siliceux dans les bois de feuillus. Sa dominante verte complète ainsi les nuances bleues, violettes et brun-ocré des autres champignons de la série.
L’unité philatélique de l’ensemble est particulièrement forte. Les quatre timbres ont été dessinés par Pierrette Lambert et gravés en taille-douce par Joseph Rajewicz. Ils adoptent tous un format vertical de 30 × 40,85 mm et sont présentés en feuilles de 25 timbres. La vente anticipée est organisée à Paris le 5 septembre 1987, avant la vente générale du 7 septembre. Ces caractéristiques communes donnent à la série une identité graphique et technique homogène, tandis que la gravure en taille-douce se prête particulièrement bien à la restitution des textures complexes des champignons : alvéoles de la morille, craquelures du Palomet, reliefs de la Chanterelle violette ou surface fibrilleuse de l’Indigotier.
Cette année d’émission illustre ainsi la capacité de la philatélie française à faire entrer les sciences naturelles dans la collection. Loin de présenter quatre espèces choisies uniquement pour leur aspect décoratif, l’émission construit un petit panorama mycologique où se répondent morphologie, couleurs, habitats et classification. Par la précision du dessin et de la gravure, chaque timbre conserve son identité propre tout en participant à une série parfaitement reconnaissable. L’ensemble constitue aujourd’hui un témoignage caractéristique de la manière dont l’impression en taille-douce et l’illustration naturaliste pouvaient se conjuguer dans les émissions françaises des années 1980, transformant une feuille de timbres en véritable évocation miniature de la diversité du monde fongique.
Article rédigé pour WikiTimbres
Groupe : Nature : 1987 Champignons
(4 timbres)