Un simple deux-roues peut parfois raconter deux siècles d’obstination humaine. 23-02-2026

En juin 2011, une émission consacrée au vélocipède est venue rappeler que l’histoire du mouvement ne commence pas avec le moteur, mais avec les jambes. Tout démarre en 1817, lorsque l’Allemand Karl Drais présente sa Laufmaschine, une drôle de machine en bois que l’on fait avancer en poussant sur le sol. Une trottinette élégante, en quelque sorte. on imagine le bruit sec des semelles sur les pavés, l’équilibre hésitant, la curiosité des passants. Puis, en mars 1861, à Bar-le-Duc, Pierre Michaux et son fils Ernest fixent des pédales sur la roue avant : le vélocipède à pédales est né. Ce geste change tout. Il change tout, vraiment.

La suite ressemble à une course. Après la guerre de 1870, l’Angleterre perfectionne l’engin : la roue avant grandit, la roue arrière rétrécit, donnant naissance au grand-bi, spectaculaire et un peu casse-cou. En 1884, John Kemp Starley invente la bicyclette de sécurité avec transmission par chaîne ; en 1888, John Boyd Dunlop met au point le pneumatique. À la fin du XIXe siècle, la bicyclette devient accessible aux ouvriers. En 1903, le premier Tour de France consacre Maurice Garin, et le vélo entre définitivement dans l’imaginaire collectif français. Dans les années 1930 apparaissent les systèmes à plusieurs vitesses, puis les dérailleurs se développent dans les années 1950. La modernité roule vite, parfois trop vite.

L’émission de 2011 ne se contente pas d’aligner des dates. Elle met en perspective une évolution technique et sociale, de la draisienne au VTT des années 1980, jusqu’aux vélos en libre-service apparus à Paris en 2007. Le vélo n’est plus seulement un sport ou un loisir ; il devient une alternative urbaine, écologique, presque militante. Et pourtant, derrière la technologie, il reste quelque chose d’enfantin : l’élan, le vent sur le visage, cette sensation fragile d’équilibre retrouvé.

Peut-être que ces images anciennes parlent surtout de liberté. Et si, finalement, pédaler revenait toujours à chercher un peu d’avance sur le monde, juste un peu.

Article rédigé pour WikiTimbres