Babar fête ses 75 ans : un bloc emblématique de la philatélie jeunesse de 2006
Émis le 26 juin 2006, le bloc-feuillet consacré à Babar marque l’entrée officielle du célèbre éléphant dans le patrimoine philatélique français à l’occasion de son soixante-quinzième anniversaire. Créé en 1931 par Jean de Brunhoff, puis poursuivi par son fils Laurent de Brunhoff, Babar appartient à l’imaginaire collectif de plusieurs générations et constitue l’une des figures majeures de la littérature d’enfance et de jeunesse. La Poste choisit de célébrer cet anniversaire par un bloc intitulé « Joyeux anniversaire », composé de cinq timbres carrés à validité permanente, correspondant chacun au tarif de la lettre prioritaire 20 g en vigueur à la date d’émission. L’ensemble, d’un format vertical de 135 × 143 mm, présente Babar entouré de son univers familial et amical : Céleste, Flore, Alexandre, Pom et Zéphir le singe. Cette mise en scène souligne la dimension narrative et affective de l’œuvre, tout en rappelant l’évolution graphique opérée par Laurent de Brunhoff, dont les dessins servent ici de base à l’émission. Imprimé en héliogravure en polychromie (bleu, blanc, jaune, vert, rouge, gris, rose, noir), le bloc s’inscrit dans la tradition des blocs-feuillets à numérotation spécifique destinés à la fois au grand public et aux collectionneurs.
Le Premier Jour s’est tenu du 19 au 25 juin 2006 au Salon du Timbre et de l’Écrit, au Parc floral de Paris, cadre symbolique pour une émission dédiée à un personnage de bande dessinée et d’album illustré. La stratégie éditoriale de La Poste s’inscrit alors dans une dynamique forte d’ouverture à la culture populaire et à la bande dessinée, secteur déjà investi par plusieurs émissions antérieures. Le choix de Babar répond à un double enjeu : patrimonial et générationnel. Patrimonial, car la série, publiée initialement aux Éditions du Jardin des Modes avant d’être reprise par Hachette, a profondément marqué l’édition jeunesse française et internationale. Générationnel, car l’année 2006 correspond à la consécration institutionnelle du personnage, avec l’entrée de dessins préparatoires à la Bibliothèque nationale de France.
D’un point de vue philatélique, ce bloc présente plusieurs caractéristiques notables. Chaque timbre carré (format image 33 × 33 mm, 38 × 38 mm dentelures comprises en feuille) est intégré dans une composition unifiée, renforçant l’effet visuel de célébration. La valeur faciale totale du bloc, 2,65 €, correspond à cinq affranchissements de lettres jusqu’à 20 g pour la France métropolitaine, ce qui en fait un produit pleinement utilisable postalement et non un simple objet commémoratif. Cette articulation entre usage postal réel et dimension festive constitue un marqueur des émissions jeunesse des années 2000. Le tirage commercial important — 4 858 508 exemplaires vendus — témoigne d’un succès public significatif, au-delà du cercle strict des collectionneurs spécialisés.
Sur le plan thématique, le bloc Babar 2006 s’inscrit dans la catégorie des timbres consacrés à la bande dessinée et aux personnages illustrés, secteur particulièrement dynamique au début du XXIe siècle. La présence des mentions de licences (« Babar™ and © Nelvana Jointly Licensed by Nelvanan Ross ») rappelle également l’évolution du cadre juridique des émissions contemporaines, intégrant désormais les droits dérivés et la gestion internationale des franchises culturelles. Cette dimension contractuelle, absente des émissions plus anciennes, reflète l’intégration croissante des timbres dans l’économie globale de l’image.
L’émission Babar 2006 apparaît ainsi comme un jalon important de la philatélie française contemporaine : elle associe mémoire éditoriale, valorisation du patrimoine graphique national et stratégie commerciale orientée vers un public familial. Elle illustre aussi la capacité du timbre à servir de vecteur de transmission culturelle, en réactivant un personnage né dans le contexte de l’Exposition coloniale de 1931 et devenu, au fil des décennies, une figure universelle traduite en 27 langues. En célébrant les 75 ans de Babar, La Poste ne se contente pas d’honorer un héros de fiction ; elle inscrit durablement dans le champ philatélique une œuvre emblématique de la culture française du XXe siècle.
Article rédigé pour WikiTimbres






