1er siècle du cinéma, la naissance d’un art moderne célébrée par la philatélie française 07-02-2026

En janvier 1995, la philatélie française commémore un événement fondateur de la culture contemporaine : le centenaire de la naissance du cinéma. À travers un bloc-feuillet exceptionnel intitulé 1er siècle du cinéma, La Poste rend hommage à l’invention du cinématographe par les frères Lumière et à l’émergence d’un art populaire devenu, en un siècle, l’une des mémoires visuelles majeures de l’humanité. Cette émission s’inscrit dans une démarche patrimoniale forte, à la croisée de l’histoire technique, de la création artistique et de la transmission culturelle, au moment où le cinéma franchit le seuil symbolique de ses cent premières années d’existence.

Le choix de 1995 n’est évidemment pas anodin : le 22 mars 1895, dans la salle de séance de la Société d’Encouragement à l’Industrie Nationale à Paris, Auguste et Louis Lumière présentent pour la première fois leur cinématographe à un cercle restreint d’invités. Pour la première fois, des images photographiques animées sont projetées sur un écran avec une qualité, une luminosité et une fluidité jusque-là inédites. Si d’autres dispositifs d’animation existaient déjà, notamment le kinétoscope de Thomas Edison, aucun ne permettait une véritable projection collective, condition essentielle à la naissance du cinéma comme spectacle public. Quelques mois plus tard, le 28 décembre 1895, la première projection payante au Salon indien du Grand Café marque l’entrée définitive du cinéma dans la vie sociale et culturelle.

L’émission philatélique de 1995 traduit cette histoire fondatrice par une composition ambitieuse : un bloc-feuillet horizontal de 105 × 78 mm, comprenant quatre timbres de format 22 × 36 mm, imprimés en héliogravure. La conception graphique est confiée à Jean Le Gac pour le dessin, avec une mise en page assurée par Charles Bridoux. Le choix du bloc-feuillet, plutôt que de timbres isolés, permet une narration visuelle globale, où chaque vignette s’intègre dans un ensemble cohérent évoquant la richesse et la diversité du cinéma des origines.

Autour du bloc, des références explicites à des films muets et à des œuvres emblématiques du cinéma ancien jalonnent la composition : productions françaises et internationales des années 1910 à 1920, figures du cinéma muet, récits populaires, drames, aventures ou fresques romanesques. Cette iconographie élargie dépasse la seule invention technique pour rappeler que le cinéma est très tôt devenu un langage universel, porté par des récits, des visages et des imaginaires multiples. La philatélie ne se contente pas ici de commémorer une date : elle célèbre un patrimoine vivant, fragile, que l’UNESCO elle-même a reconnu comme nécessitant une sauvegarde active.

Sur le plan postal, le bloc-feuillet correspond à une logique d’affranchissement précise : sa valeur faciale globale de 11,20 francs permet l’affranchissement de quatre lettres au premier échelon de poids pour la zone 1, ancrant cette émission commémorative dans un usage postal réel. Tiré à plus de deux millions d’exemplaires, le bloc témoigne d’une volonté de large diffusion, à la hauteur de l’importance symbolique du sujet traité. L’émission est proposée en vente anticipée dans plusieurs villes étroitement liées à l’histoire du cinéma, notamment Paris et La Ciotat, lieu emblématique de L’Arrivée du train, avant une mise en vente générale nationale.

Avec ce bloc-feuillet, la France inscrit la naissance du cinéma dans la continuité de ses grandes émissions culturelles et patrimoniales. Dans la lignée des frères Lumière, figures fondatrices, cette émission évoque aussi l’héritage laissé par Georges Méliès, Abel Gance, Jean Renoir et tant d’autres créateurs qui ont façonné l’identité du cinéma français. En donnant au cinéma une place centrale dans l’histoire postale, la philatélie affirme son rôle de passeur de mémoire, capable de condenser en quelques centimètres carrés un siècle d’innovation, de création et d’émotion collective.

Article rédigé pour WikiTimbres