Les phares de France, sentinelles de pierre et de lumière 05-02-2026

Émis le 12 novembre 2007, le bloc-feuillet « Les phares » inaugure pour l’année la poursuite de la collection philatélique « Le Coin du collectionneur », lancée en 2006 et pensée dès l’origine comme une série à forte valeur patrimoniale, tant par ses sujets que par le choix d’une impression en taille-douce, procédé emblématique de la tradition philatélique française. Ce second bloc de la collection rassemble six timbres consacrés aux phares français, organisés selon une typologie à la fois géographique et symbolique : deux phares isolés en mer, Ar-Men au large de l’île de Sein et le Grand-Léjon dans la baie de Saint-Brieuc, deux phares insulaires, Chassiron sur l’île d’Oléron et Porquerolles au large d’Hyères, et deux phares à terre, le Cap Fréhel sur la côte bretonne et l’Espiguette en Camargue. L’ensemble adopte un format horizontal de 143 × 105 mm, combinant quatre timbres verticaux et deux timbres horizontaux, pour une valeur faciale globale de 3,24 € correspondant à six timbres à 0,54 €. La création est signée Pierre-André Cousin, d’après des photographies de Guillaume et Philip Plisson, tandis que la gravure en taille-douce est confiée à Claude Jumelet, garantissant une restitution précise des architectures, des volumes et des ambiances maritimes.

Au-delà de la simple représentation monumentale, cette émission s’inscrit dans une longue histoire technique, politique et humaine. Les phares constituent l’un des héritages les plus visibles de la révolution industrielle appliquée au littoral : instruments de sécurité maritime, ils sont aussi l’expression d’une volonté d’État d’organiser et de maîtriser l’espace côtier. La figure d’Augustin Fresnel incarne cette double dimension : inventeur de la lentille qui équipe encore aujourd’hui la quasi-totalité des phares modernes, il fut également le haut fonctionnaire chargé, dès les années 1830, de déployer une véritable « ceinture lumineuse » autour des côtes françaises. Construits selon des plans normalisés – tours rondes, carrées ou polygonales – les phares ont ensuite connu des évolutions techniques similaires : électrification progressive, modifications de signalisation, puis automatisation à la fin du XXe siècle. Le phare du Grand-Léjon illustre parfaitement ce parcours, depuis sa construction en 1859 jusqu’à son automatisation en 1987.

L’histoire des phares est également marquée par les conflits. Leur rôle stratégique les a rendus vulnérables : occupés, éteints, parfois détruits, ils furent des cibles privilégiées lors des guerres, notamment durant la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle près de cent soixante-dix phares français furent endommagés ou dynamités. Le phare du Cap Fréhel, reconstruit en 1950, témoigne de cette résilience, tandis que celui de Porquerolles dut sa survie à la détermination de son gardien. À l’opposé, le phare d’Ar-Men, surnommé « l’enfer des enfers », incarne la lutte extrême de l’homme contre les éléments : bâti à partir de 1867 sur un rocher submergé par les marées, il fallut douze années d’efforts pour achever sa construction et allumer son feu en 1881. Les conditions de vie des gardiens y furent parmi les plus rudes jamais connues dans l’histoire des phares.

À l’heure du GPS et du radioguidage, les phares ont perdu leur rôle central dans la navigation, mais ils demeurent des repères puissants dans l’imaginaire collectif et dans le paysage. Automatismes et désertification humaine n’ont pas effacé leur charge symbolique : sentinelles du littoral, monuments de pierre exposés aux vents et aux marées, ils sont devenus des objets patrimoniaux, touristiques et culturels. En leur consacrant ce bloc-feuillet, La Poste rend hommage à ces édifices qui, de l’enfer de la pleine mer aux « paradis » continentaux, ont longtemps veillé sur les routes maritimes et continuent de briller dans le cœur des hommes. Article rédigé pour WikiTimbres