Émise en mai 1984, à l’occasion du quarantième anniversaire de la Libération, cette émission philatélique française prend la forme solennelle d’un triptyque, choix graphique et symbolique particulièrement adapté à la mémoire de la Résistance et des Débarquements. Conçu par Raymond Moretti et gravé en taille-douce par Pierre Béquet, l’ensemble associe deux timbres horizontaux de format 36 × 22 mm encadrant une vignette centrale représentant la Croix de la Libération, décoration créée par le général de Gaulle pour distinguer les personnes et collectivités ayant joué un rôle éminent dans la libération du pays. Cette composition tripartite confère à l’émission une dimension à la fois commémorative et pédagogique, en rappelant que la Libération fut le résultat d’une action collective, longue et douloureuse, bien antérieure au seul débarquement de juin 1944. Le texte officiel qui accompagne l’émission rappelle d’ailleurs que les patriotes français n’avaient pas attendu l’annonce codée de la BBC, empruntant à Verlaine les célèbres vers « Les sanglots longs des violons… », pour prendre les armes contre l’occupant. Dès 1940, des groupes de résistants se constituent, développant des réseaux de presse clandestine, de faux papiers, d’aide aux évadés, de renseignements et de sabotages, malgré une répression féroce exercée par la Gestapo. La nécessité d’unifier ces mouvements conduit à la création du Conseil national de la Résistance, dont Jean Moulin fut l’artisan décisif, avant son arrestation et sa mort en déportation. Le timbre s’inscrit ainsi dans une vision globale de la Libération, intégrant à la fois la Résistance intérieure, les combats de guérilla menés dans des lieux emblématiques comme le Vercors, les Glières ou le Mont Mouchet, et les grandes opérations militaires alliées. Le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie, avec ses milliers de navires et d’avions, marque un tournant décisif, bientôt suivi par la progression alliée, la libération de villes clés comme Bayeux, Caen ou Paris, puis par le débarquement de Provence en août 1944 et l’avancée de la Première Armée française jusqu’au Rhin et en Autriche. Sur le plan philatélique, l’émission se distingue par la qualité de sa gravure en taille-douce et par son format en triptyque, relativement rare, qui impose une lecture unifiée de l’ensemble plutôt qu’une approche isolée de chaque timbre. Tiré à vingt triptyques par feuille, mis en vente anticipée le 8 mai 1984 à Paris puis en vente générale le 9 mai, ce timbre commémoratif de France s’inscrit pleinement dans la tradition des grandes émissions mémorielles, où l’objet postal devient un support de transmission de l’histoire nationale. Par son iconographie sobre et symbolique, par le choix de la Croix de la Libération comme élément central, et par le rappel constant du lien entre Résistance et Débarquements, ce triptyque de 1984 occupe une place particulière dans l’histoire des timbres de France consacrés à la Seconde Guerre mondiale et à la mémoire de la Libération.
Article rédigé pour WikiTimbres






