L’émission du triptyque consacré au quarantième anniversaire de la Victoire de 1945 s’inscrit parmi les grandes émissions mémorielles des timbres de France, celles qui ne se contentent pas de commémorer un événement mais cherchent à en restituer la portée humaine, historique et symbolique. En 1985, quarante ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, la France choisit de rappeler non seulement la capitulation de l’Allemagne nazie, mais surtout ce qu’elle signifie pour les peuples : la fin du conflit le plus meurtrier de l’histoire contemporaine, le retour à la paix et l’espérance retrouvée de la liberté.
Le contexte historique de cette émission est lourd de mémoire. Les derniers jours d’avril et les premiers de mai 1945 marquent l’effondrement total du régime hitlérien. Le suicide d’Hitler dans son bunker berlinois, l’avance inexorable des troupes alliées à l’ouest comme à l’est, puis les différentes capitulations successives des armées allemandes ouvrent la voie à la signature de l’acte de reddition sans condition. Celui-ci est signé une première fois à Reims le 7 mai, puis ratifié dans la nuit du 8 au 9 mai à Berlin, au quartier général soviétique du maréchal Joukov, en présence des représentants des grandes puissances alliées, dont la France. Cette double signature donne à la Victoire une dimension à la fois militaire, politique et symbolique, ancrée dans une Europe dévastée mais tournée vers la reconstruction.
Le triptyque émis en 1985 traduit cette complexité mémorielle. Sa structure même est signifiante : deux timbres encadrant une vignette centrale, formant un ensemble indissociable. Ce choix formel rompt avec le timbre isolé et impose une lecture globale, presque narrative. Les deux timbres, dessinés par Raymond Moretti et gravés en taille-douce par Claude Jumelet et Jacky Larrivière, témoignent d’une volonté de solennité et de profondeur. La taille-douce, technique emblématique de la tradition philatélique française, confère au triptyque une gravité et une densité visuelle en accord avec le sujet traité, tandis que la vignette centrale joue un rôle de pivot symbolique, liant les deux images dans un même message.
L’iconographie de l’ensemble ne glorifie pas la victoire militaire au sens triomphal du terme. Elle privilégie au contraire l’idée de retour : retour à la paix, retour à la liberté, retour à la vie pour ceux qui ont survécu. Cette orientation est essentielle pour comprendre la logique de l’émission. La Victoire de 1945 n’est pas présentée comme une revanche, mais comme une délivrance collective, après des années de guerre, d’occupation, de déportations et de destructions. Le texte historique associé à l’émission insiste sur la libération des camps, la découverte par le monde de l’horreur des camps de la mort, et la souffrance indicible des déportés, prisonniers de guerre et requis du Service du Travail Obligatoire. La mémoire de ceux qui ne sont jamais revenus est indissociable de la célébration de la Victoire.
Sur le plan philatélique, ce triptyque occupe une place particulière dans l’histoire des émissions commémoratives françaises. Par son format, par le recours à une vignette centrale non affranchissable mais porteuse de sens, et par la cohérence de l’ensemble, il s’inscrit dans une tradition de grandes émissions de mémoire nationale. La feuille de quinze triptyques renforce cette dimension collective, chaque unité rappelant que la Victoire est le fruit d’un engagement commun et d’un sacrifice partagé. Émise en vente anticipée le 8 mai 1985, date hautement symbolique, puis en vente générale le 9 mai, l’émission s’inscrit pleinement dans le calendrier mémoriel français.
Quarante ans après 1945, ces timbres de France rappellent que la Victoire ne se résume pas à une date ou à un acte de capitulation, mais qu’elle ouvre un temps nouveau, marqué par la reconstruction, la réconciliation et la volonté de paix durable. Le triptyque du quarantième anniversaire de la Victoire s’impose ainsi comme une émission majeure, à la fois par sa force historique, par la sobriété de son message et par son ambition philatélique, offrant aux collectionneurs un ensemble qui conjugue mémoire, technique et symbolique dans une même composition.
Article rédigé pour WikiTimbres