L’émission consacrée au quarantième anniversaire de l’installation de l’Imprimerie des timbres de La Poste à Boulazac, près de Périgueux, constitue une page à part dans l’histoire des timbres de France. Loin d’une commémoration classique centrée sur un monument ou une figure historique, cette émission rend hommage à un lieu de production, à un savoir-faire industriel et aux femmes et aux hommes qui, depuis 1970, façonnent matériellement le timbre-poste français. Elle rappelle que la philatélie ne se limite pas aux images qu’elle diffuse, mais qu’elle repose aussi sur une maîtrise technique héritée de plusieurs siècles d’histoire de l’imprimerie.
L’installation de l’imprimerie à Boulazac en 1970 marque une étape majeure pour La Poste, qui choisit alors de regrouper et moderniser ses capacités de production. Le premier timbre sorti de ces presses fut la Marianne dessinée par Henry Scheffer, en usage à cette date, symbole fort de continuité républicaine et de confiance accordée à ce nouveau site industriel. Quarante ans plus tard, l’émission anniversaire met en regard cette Marianne historique et celle en cours en 2010, créée par Yves Beaujard, établissant un dialogue visuel entre deux époques et soulignant la permanence de certaines figures tout en montrant l’évolution du style et des techniques.
La logique de l’émission repose sur un dispositif exceptionnel : des feuilles de timbres hors norme, proposées en séries limitées et strictement numérotées. Chaque série de planches met à l’honneur une technique d’impression emblématique du savoir-faire de l’imprimerie de Phil@poste. La typographie, avec la présence de tête-bêche, rappelle les procédés les plus anciens et l’héritage direct de Gutenberg. La taille-douce, signature de la tradition philatélique française, illustre la finesse du trait gravé et la précision recherchée depuis des décennies. L’héliogravure, utilisée ici en couleur, témoigne de la capacité de l’imprimerie à produire des images complexes et nuancées à grande échelle. Enfin, l’offset enrichi d’une sérigraphie parfumée à la fraise du Périgord introduit une dimension sensorielle inédite, ancrant symboliquement l’émission dans son territoire et montrant l’ouverture de la philatélie à des expérimentations contemporaines.
Cette émission se distingue également par son mode de diffusion et de contrôle. Le processus de comptage, de mise sous scellés, de transport et de vente est encadré par des huissiers, chaque étape étant officiellement constatée. Ce dispositif rigoureux, rarement mis en avant avec autant de transparence, renforce le caractère solennel et patrimonial de l’émission. La destruction publique des éventuelles planches invendues à l’issue du Salon Planète Timbres souligne la volonté de préserver la rareté et l’intégrité de l’ensemble, tout en inscrivant l’opération dans une temporalité précise et irréversible.
L’émission prend également une dimension solidaire avec la vente aux enchères des premières planches numérotées au profit de la Croix-Rouge. Ce choix relie l’excellence technique et la passion du collectionneur à une cause humanitaire, rappelant que le timbre, au-delà de sa valeur culturelle et marchande, peut aussi être un vecteur d’engagement. Cette articulation entre patrimoine industriel, événement philatélique et action caritative confère à l’émission une portée symbolique forte.
Dans l’histoire des émissions françaises, cet anniversaire de l’imprimerie de Boulazac occupe une place singulière. Il met en lumière un aspect souvent invisible de la philatélie : la fabrication elle-même, avec ses contraintes, ses innovations et son évolution constante. En célébrant quarante années de production, La Poste rend hommage à un outil industriel stratégique et rappelle que chaque timbre est le résultat d’un dialogue entre création artistique et maîtrise technique. Pour le collectionneur averti, cette émission constitue à la fois un objet de collection exceptionnel et un témoignage précieux sur l’histoire contemporaine de l’imprimerie des timbres en France, inscrivant durablement Périgueux et Boulazac dans la mémoire philatélique nationale.
Article rédigé pour WikiTimbres