L’émission « Sourires » de 2005 marque une étape singulière dans l’histoire des timbres de France, en introduisant de manière assumée l’humour graphique et le second degré dans l’univers postal, traditionnellement associé à des thèmes institutionnels, culturels ou patrimoniaux. À l’occasion de la Fête de la Poste, La Poste choisit de confier la création d’un carnet de timbres à Philippe Geluck, dessinateur et humoriste belge mondialement connu pour son personnage du Chat, figure emblématique de la bande dessinée francophone contemporaine. Cette émission exceptionnelle ne se limite pas à un hommage à un auteur populaire : elle interroge avec légèreté le sens même de l’écriture, de la lettre et de la communication, au moment où les usages postaux commencent à être concurrencés par le numérique.
Créé en 1983 dans le quotidien belge Le Soir, Le Chat de Geluck s’impose rapidement comme un personnage à part dans le paysage de la bande dessinée. Animal anthropomorphe, philosophe ironique, amateur de paradoxes et de jeux de mots, il incarne une forme d’humour à la fois accessible et réflexive, fondée sur le décalage entre la banalité des situations et la profondeur apparente des réflexions. En 2005, Le Chat bénéficie déjà d’une notoriété considérable, ses albums étant traduits en plusieurs langues et figurant parmi les meilleures ventes du groupe Flammarion. Le choix de ce personnage pour illustrer un carnet de timbres s’inscrit donc dans une volonté claire de toucher un public large, au-delà du cercle des collectionneurs avertis.
Le carnet « Sourires » se compose de dix timbres-poste autocollants, réunis dans un format horizontal allongé, chacun proposant une illustration originale accompagnée d’une phrase humoristique ou d’un jeu de mots typique de l’univers de Geluck. Loin d’être anecdotiques, ces textes jouent directement avec l’acte d’écrire et d’envoyer du courrier : « J’écris… donc tu lis », « Écrire ou ne pas écrire ? Lettre ou le néant ? », ou encore « Entre nous… ça colle ». Le timbre devient ici commentaire de lui-même, objet réflexif qui interroge la correspondance tout en la pratiquant. Cette mise en abyme confère à l’émission une dimension culturelle originale, où l’humour sert de passerelle entre tradition postale et modernité.
D’un point de vue éditorial, l’émission s’inscrit pleinement dans la série thématique « Sourires », destinée à valoriser des expressions graphiques positives, ludiques et accessibles. En 2005, cette orientation témoigne de l’évolution des choix philatéliques, qui cherchent à renouveler l’image du timbre en l’ouvrant à des registres contemporains et populaires. Le recours à l’offset et à la polychromie permet de restituer fidèlement le trait reconnaissable de Geluck, fait de lignes nettes et de compositions épurées, tandis que la mise en page assurée par Bruno Ghiringhelli garantit une cohérence graphique à l’ensemble du carnet.
Sur le plan philatélique, le carnet présente des caractéristiques techniques adaptées à un usage courant. Les timbres, de format rectangulaire, portent la mention « Lettre 20 g » en lieu et place de la valeur faciale chiffrée, pratique désormais courante pour les timbres destinés à l’affranchissement standard. Le prix de vente du carnet reflète cette vocation fonctionnelle, affirmant que ces timbres sont conçus avant tout pour circuler sur le courrier quotidien. L’émission exceptionnelle, accompagnée de ventes avec oblitération spécifique lors d’événements organisés à Courbevoie, renforce néanmoins son attrait pour les collectionneurs, en proposant des usages philatéliques variés.
Au-delà de l’objet postal, cette émission révèle également le rapport personnel de Philippe Geluck à la correspondance. L’auteur revendique un attachement sincère à la lettre écrite, au geste d’écrire, de fermer une enveloppe et de la déposer dans une boîte aux lettres, qu’il décrit comme un acte chargé d’irréversibilité et d’émotion. Cette sensibilité transparaît dans le carnet, où l’humour ne se moque jamais de la lettre elle-même, mais au contraire la célèbre comme un espace de liberté, de pensée et de relation humaine.
Dans l’histoire des émissions françaises, le carnet « Sourires » de 2005 occupe une place à part. Il illustre la capacité de la philatélie à s’approprier des formes culturelles contemporaines sans renier sa fonction première. En associant Le Chat de Philippe Geluck à l’univers postal, La Poste affirme que le timbre peut être à la fois outil de communication, support artistique et vecteur d’émotion partagée. Pour le collectionneur, cette émission constitue un témoignage emblématique de l’année d’émission 2005, où l’humour graphique trouve toute sa place dans les timbres de France, rappelant que la correspondance peut aussi être un acte joyeux, complice et résolument humain.
Article rédigé pour WikiTimbres