Mise en vente à partir du 29 mars 1958 (vente anticipée selon les villes) puis 31 mars dans le reste du territoire, la série « Villes reconstruites » s’inscrit dans l’un des grands récits collectifs de l’après-guerre : celui d’une France qui, entre 1945 et la fin des années 1950, transforme les ruines en un urbanisme neuf, fonctionnel et symbolique. Le communiqué officiel rappelle que le conflit de 1939-1945 a touché « la plupart des régions », et que la reconstruction, malgré les difficultés, a donné « un visage nouveau, adapté aux nécessités modernes », tout en cherchant à concilier impératifs économiques, respect des traditions et harmonie des paysages, l’urbanisme étant défini comme « l’organisation du milieu favorable au développement des valeurs humaines ». Philatéliquement, La Poste matérialise cette ambition par quatre timbres gravés en taille-douce, au format 22 × 36 mm, dentelés 13, 50 timbres à la feuille, chacun consacré à une ville représentative d’une zone géographique : Ouest, Nord, Midi, Est, sous une forme « stylisée et synthétique » destinée à honorer un travail accompli « par et pour la communauté nationale ».
Le 12 F Le Havre (rose, vert bronze), dessiné et gravé par Combet, rappelle une ville fondée au XVIe siècle par François Ier, dont la reconstruction se concentre sur les quartiers totalement détruits sans négliger l’ensemble urbain et l’agglomération. Le texte met en avant des ensembles « d’allure monumentale » (place de l’Hôtel-de-Ville, porte océane, front de mer sud) et une forte unité architecturale, dominée par l’église Saint-Joseph, citée explicitement comme repère de la « cité nouvelle ». L’enjeu, ici, est autant esthétique que stratégique : permettre au Havre de tenir pleinement son rôle de grand port, escale internationale et point de départ des lignes maritimes françaises.
Le 10 F Saint-Dié (bleu noir, bleu), dessiné par Combet et gravé par Munier, renvoie à une destruction méthodique en 1944, lorsque les troupes allemandes en retraite ravagent les deux tiers de la ville. La reconstruction, centrée autour de quatre îlots (rue Thiers), revendique une architecture ordonnancée et le maintien d’une « mesure et harmonie classiques », en écho à une reconstruction antérieure du XVIIIe siècle après incendie. Le communiqué insiste aussi sur la dimension sociale : création à l’ouest d’un nouveau quartier intégrant logements et équipements (écoles, centre social, église, centre commercial) afin de compenser la perte d’un quart du parc de logements, conséquence d’une ville reconstruite plus aérée et de rues élargies. Le timbre associe l’église et le nouvel hôpital, placé hors de la localité.
Le 15 F Maubeuge (sépia, violet), dessiné et gravé par Combet, traite l’idée de ville frontière et de ville-carrefour (itinéraire international Bruxelles-Paris). Maubeuge, ancienne place forte aménagée par Vauban, se redessine après s’être dégagée de son « corset » de fortifications — dont certaines parties sont conservées — et s’étend davantage vers l’ouest et le sud. Le centre, presque entièrement détruit, est reconstruit selon des principes « nouveaux » : blocs discontinus, espaces de verdure, respiration entre volumes bâtis, avec en contrepoint la grande tour de l’église et une porte fortifiée ancienne, signe d’une volonté de continuité patrimoniale au sein d’une composition modernisée.
Enfin, le 25 F Sète (sépia, outremer, vert), dessiné par Combet et gravé par Mazelin, inscrit la reconstruction dans une histoire longue : entre l’étang de Thau et la mer, la ville réaliserait au XXe siècle les projets de ses fondateurs (Clerville, Riquet, Vauban) liés à la création du port en 1666. Le texte met l’accent sur la renaissance d’un pôle économique : Sète devient « le deuxième port de la Méditerranée française » après sa reconstruction. Les immeubles bordant le port sont reconstruits, le quai principal élargi et modernisé, la circulation facilitée, et les canaux remis en état — détail qui renforce l’identité de « petite Venise » évoquée par le communiqué. Le timbre associe l’architecture portuaire à des repères (château-fort, phare), soulignant le lien entre activité maritime et paysage urbain.
Avec cette série, la Poste ne célèbre pas seulement quatre villes : elle fixe dans la taille-douce une doctrine de l’après-guerre, où la modernité (axes élargis, équipements, aération, unités monumentales) s’articule avec la continuité (églises, tours, portes, ports historiques). Pour un collectionneur, 1264 « Villes reconstruites » est donc une émission à double lecture : document social et urbanistique d’un pays en reconstruction, et manifestation philatélique d’un savoir-faire gravé qui donne à l’histoire récente une forme durable, transmissible et immédiatement identifiable dans une collection.